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M. J. et Mme K. – Dissociation et chirurgie

  • charlesbessiere
  • 2 juin 2025
  • 3 min de lecture

J'ai vu en consultation ces 2 patients le même jour.

 

D'abord M. J, 41 ans, père de 3 enfants, boulanger. D'un abord sympathique, il était d'une stature assez imposante, et clairement en très fort surpoids. Il me consultait pour des douleurs d'épaule après un accident dans le cadre de son travail. Le diagnostic était assez rapide et ne présentait pas de difficulté particulière. Nous avions ensuite parlé de son mode de vie, de ses habitudes. Là, le bât blessait vraiment. Il fumait 30 clopes par jour, et présentait un diabète complètement déséquilibré, assez clairement négligé. Il ne pratiquait aucune activité sportive, et je n'avais pas besoin d'être diététicien pour comprendre que ses habitudes alimentaires étaient pour le moins hétérodoxes. Il me faisait penser à M. D, dont j'ai parlé dans la note homonyme. J'ai donc essayé de ne pas avoir de discours moralisateur ou paternaliste, et nous avons initié un traitement médical. Je l'ai revu quelques temps plus tard. Il avait baissé sa consommation de tabac, avait perdu du poids, et avait pu équilibrer son diabète. J’ai fini par l’opérer. Cela s’est bien passé.

 

J’ai rencontré Mme K 2 heures plus tard, lors de la même matinée. Elle avait 58 ans, était comptable, vivait seule. Sa présentation était radicalement l'inverse de celle du patient précédent. Elle avait les traits fatigués, creusés, mais un corps d'athlète. Elle me disait faire entre 15 et 20 heures de sport par semaine (!), et, depuis 6 mois, avoir des douleurs aux épaules lors de la  musculation...Il n'y avait pas eu de traumatisme ou d'accident particulier, mais plutôt une douleur lancinante, qui ne passait pas. Cela était très grave pour elle car sa vie était organisée autour du sport depuis de très longues années. Elle avait bien compris qu'en diminuant ou changeant ses habitudes sportives elle pourrait avoir moins mal, mais venait en consultation pour savoir si il n'y avait pas une solution pour continuer comme cela. Nous avons fini par améliorer les symptômes, en aménageant ses activités sportives, et sans modifier son anatomie.

 

J'ai réuni ces deux patients car j'ai l'impression qu'ils témoignent tous deux d'un rapport au corps particulier. Les deux patients me semblent avoir opéré une séparation entre leur corps (le "somatique") et leur esprit (le "psychique").

Pour M. J c'est plutôt dans le "laisser aller" et l'absence de rapport critique à son corps. En gros tant que son corps "suit", il ne s'en préoccupe pas plus que cela. Il a toujours fonctionné ainsi sans problème, mais était bloqué alors dans une situation inédite pour lui. Le problème est qu'il n'a jamais vraiment écouté les messages envoyés par son organisme, et n'a donc pas acquis cette compétence.

Pour Mme K au contraire il s'agit de construire toujours un corps meilleur, comme le sculpteur pétrit son argile sans jamais parvenir à finir son œuvre. Elle a aussi un rapport distancié à son corps, mais dans le sens où celui-ci doit lui apporter quelque chose : du plaisir, de l'estime de soi, de la réassurance. Mais si, comme en ce moment, son corps émet quelque part une objection au régime auquel il est soumis, elle ne sait pas comment réagir. En tout cas pas en diminuant ou en modifiant son rythme sportif, comme la majorité des gens le feraient.

A bas bruit, ce rapport au corps est toujours plus ou moins présent lors des consultations. C'est comme s'il y avait une échelle de 0 à 10 sur laquelle on pourrait situer chaque patient, avec 0 comme ces 2 patients, chacun dans son genre, et 10, le patient hyper à l'écoute de lui-même, faisant du yoga et de la méditation, de la gym tous les jours, très porté sur les soins naturels, la nourriture bio, les spiritualités orientales...

A 10 cela peut faire le lit d'autres problèmes, mais on peut considérer utile d'amener les patients au moins à la moyenne de cette échelle, par de l'éducation, des soins corporels et avec une approche psychologique.

A 0, cela m'évoque la dissociation qu’on peut observer chez les personnes victimes de violence, notamment sexuelles et dans l’enfance. Il est possible que ces patients qui me semblent « distants » de leur propre corps, chacun à sa manière, aient été exposés à ce type de traumatismes. Pourtant, je ne demande que très rarement aux patients leurs antécédents traumatiques, pour différentes raisons plutôt discutables. Je devrais à l’avenir le demander, au moins à ces personnes qui semblent « différentes » concernant leur image corporelle. Je pense que cela peut améliorer ma prise en charge, ouvrir des pistes thérapeutiques, tant que je ne suis pas trop intrusif et respecte la distance qu’ils souhaitent. Cela pourra peut-être les aider.

 
 
 

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