M. et Mme B. – Couples très âgés
- charlesbessiere
- 27 mai 2025
- 2 min de lecture
Dernière mise à jour : 28 mai 2025
Il a 84 ans, elle 89. Ils sont ensemble depuis 65 ans. Je le sais précisément car je le leur ai demandé. A chaque fois ça me sidère. Je viens à rencontrer parfois ce type de couples d'octogénaires encore suffisamment en forme pour vivre de façon autonome, chez eux. Ils font leurs courses, voient un peu leur famille, mais souvent sont en fait assez isolés, et avec un mode de vie peu ou prou autarcique. Ils ont dépassé les "grandes heures" de la retraite, celles où on est très mobile, où on va voir les enfants régulièrement, chez eux, lorsqu'on voyage et qu'on a encore le temps et l'énergie pour être encore actifs ensemble : randonnées, sorties culturelles, club de bridge ou de je ne sais quoi...
Monsieur et madame B., eux, commencent à être sérieusement égratignés par la vie. Ce sont des survivants cependant. Ils ont passé le stade du travail, puis celui des maladies plus ou moins induites par le mode de vie (complications du diabète, de l'alcool, du tabac, du surpoids...). Ils ont débuté leur neuvième décennie en pleine possession de leurs moyens. Et puis là, lentement, inexorablement, le temps a fait son œuvre. Mais ce vicieux n'attaque pas les 2 en même temps, de front, franchement, ce qui serait le souhait de tous ces "ultra couples". Dans ce cas c'est madame qui en ressent d'abord les effets : maigreur, petites pertes d'équilibre, très légères difficultés de raisonnement. Je suis sollicité pour une fracture non déplacée de l'humérus. Elle guérie vite. Peu d'immobilisation. Elle tient le coup, ne semble pas marquée par l'épreuve. Elle sourit toujours, se déplace à petits pas, toute ridée, toute menue, toute fragile. C'est lui qui est inquiet. Il semble plus vif et alerte, mais très préoccupé. Il l'a vue tomber, trébucher deux-trois fois récemment, et on voit que ça l'a marqué. Il a du prendre conscience, brutalement, de la précarité de leur situation, qui, pour ma part, saute aux yeux. Je donne mes habituels conseils concernant la nutrition, le suivi ophtalmologique, les obstacles au sol à domicile, la nécessité de conserver une certaine activité physique... Mais j'observe surtout ça, impuissant, le crépuscule d'un amour, d'une vie commune. Passé le moment du "c'est beau un vieux couple qui s'aime encore, et depuis si longtemps", vient le temps du rappel de notre finitude. Monsieur B. a compris qu'ils entraient dans une période merdique, sans porte de sortie heureuse, bien au contraire. Et c'est horrible et beau à voir.
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